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Belle de jadis - Diễm xưa

Chantons nos belles Vietnamiennes de jadis, au langage de Trịnh Công Sơn à travers ses chansons avec traduction en français. La première, Diễm xưa, avec parole japonaise interpretée par Khánh Ly au Japon.

Diễm xưa

Trịnh Công Sơn - Traduit par Léon Remacle

  • Sur les étages de la tour antique tombe et tombe la pluie
    Au temps de tes yeux pâles tes bras étaient amincis
    Les feuilles d’automne en pluie bruissaient sous tes pas menus
    Ton regard était plus profond tourné vers la route à perte de vue
    • Sur les haies aux minuscules feuilles tombe toujours la pluie
      Je guettais les averses qui passaient, dans le soir assis
      Sur tes pas silencieusement les feuilles tombaient
      Soudain mon âme avait pâli et la douleur me submergeait
      • Ce soir la pluie continue, pourquoi n’es-tu pas revenue
        Ton souvenir me poursuit jusque dans ma douleur enfouie
        Comment faire pour être réunis et voir notre peine adoucie
        Reviens vite vers moi, je t’en prie
        • Tombe et tombe la pluie pour faire comme la mer s’agiter la vie
          Des traces de pas d’oiseaux comment peux-tu te rappeler
          Je voudrais qu’aux régions de vaste étendue parvienne la pluie
          Pour faire oublier au voyageur sa condition d’aventurier
      • Tombe et tombe la pluie pour faire comme la mer s’agiter la vie
        Comment peux-tu savoir si la stèle de pierre ne sait pas souffrir
        Je voudrais qu’aux régions de vaste étendue parvienne la pluie
        Même les graviers auront besoin d’être ensemble à l’avenir.
  • Mưa vẫn mưa bay trên tầng tháp cổ
    Dài tay em mấy thuở mắt xanh xao
    Nghe lá thu mưa reo mòn gót nhỏ
    Đường dài hun hút cho mắt thêm sâu
    • Mưa vẫn hay mưa trên hàng lá nhỏ
      Buổi chiều ngồi ngóng những chuyến mưa qua
      Trên bước chân em âm thầm lá đổ
      Chợt hồn xanh buốt cho mình xót xa
      • Chiều này còn mưa sao em không lại
        Nhỡ mai trong cơn đau vùi
        Làm sao có nhau hằn lên nỗi đau
        Bước chân em xin về mau
        • Mưa vẫn hay mưa cho đời biển động
          Làm sao em nhớ những vết chim di
          Xin hãy cho mưa qua miền đất rộng
          Để người phiêu lãng quên mình lãng du
          • Mưa vẫn hay mưa cho đời biển động
            Làm sao em biết bia đá không đau
            Xin hãy cho mưa qua miền đất rộng
            Ngày sau sỏi đá cũng cần có nhau.

Notes :

Cette chanson et celle Chanson populaire de la mère (Ca Dao Mẹ) ont été traduites en japonais pour être présentées par la chanteuse Khánh Ly à la Foire internationale de Osaka en 1970. La chanson Belle de jadis (version japonaise) est devenue par la suite un « tube » classé dans le top 10 de 1970 au Japon.
Voir les vidéos, l’une enregistrée 20 ans après l’autre :

Nous vous invitons à écouter Trinh Công Son parler de Diễm du temps jadis :

Diễm du temps jadis

Trinh Cong Son

En ce temps là, était une jeune fille très fragile qui, pour aller à la faculté des lettres de Huế, passait devant des haies de camphriers aux minuscules feuilles d’un vert lustré.

A cette époque, pendant des jours et des mois, la jeune fille continuait à passer sous la voûte de feuillages des camphriers. Plusieurs saisons, des saisons sèches comme des saisons de pluies, passèrent ainsi. Aux saisons sèches les cigales bruyantes entonnaient leurs chants d’été dans les feuillages. A la saison des pluies de Huế, la jeune fille marchait, silhouette embuée, entre deux sombres rangées de camphriers.

Sa maison étant située sur l’autre rive de la rivière, elle devait chaque jour traverser un pont puis aller à la rencontre des camphriers avant d’arriver à son école.

Du balcon de chez moi je regardais vers le bas et voyait cette silhouette faire chaque jour les quatre trajets, allers et retours. A cette époque les jeunes filles de Huế n’utilisaient pas encore des moyens de locomotions motorisés et rapides à vous faire tourner la tête comme aujourd’hui. Exceptées celles qui habitaient trop loin et qui devaient ainsi prendre la bicyclette, la grande majorité des autres allait à l’école en marchant tranquillement d’un pas majestueux. Elles marchaient pour être vues et admirées, pour sentir en leur for intérieur qu’elles sont des beautés. Etre belle aux yeux de beaucoup de monde ou pour une seule personne n’a pas grande importance. Ces pas, venant de toutes les directions, convergeaient vers des écoles aux noms familiers, noms qui étaient parfois trop vieillots.

Elles marchaient pour que tout autour d’elles les regards puissent les admirer mais aussi, en même temps, pour pouvoir contempler le ciel et la terre, les paysages de la rivière et la végétation naturelle. Camphriers, badamiers, flamboyants, sumacs, pruniers blancs et la Rivière des Parfums coulant tout autour de la ville avaient insufflé à leurs âmes de jeunes filles une couche de brume faite de romantisme et de pureté. Grâce à cela Huế n’avait jamais vu tarir son inspiration poétique. La vieille Citadelle, les palais, les tombeaux impériaux inspiraient facilement aux gens la nostalgie du temps passé ce qui, dans une certaine mesure, les sauvaient en leur permettant de s’évader du cercle des misères du monde. Depuis lors la ville de Huế s’était crée un atmosphère à part, un monde à part. Depuis lors aussi les gens s’étaient mis à rêver et à espérer à des univers qui ne semblent pas exister réellement.

Mais que sont à vrai dire la réalité et le rêve ? Véritablement, pour aller au fond des choses, on pourrait dire que l’un n’est que le mirage de l’autre. Et avec ces mirages il fut une époque, assez longue d’ailleurs, où ceux qui avaient grandi dans cette petite ville brodaient et enjolivaient les rêves qu’ils avaient eus. C’était aussi l’époque où chaque matin très tôt, chaque soir et chaque nuit, le son des cloches de la pagode Linh Mu (La Dame Céleste) résonnait loin dans l’espace, passait sur la rivière pour parvenir à chaque maison aux portes simplement tirées ou hermétiquement closes.

Ici le temps s’écoulait d’une manière trop paisible. Tellement paisible que les gens n’avaient plus la notion du temps. Une sorte de temps informe et incolore. Seuls les décès de vieilles personnes, pendant les hivers glaciaux, arrivaient à réveiller les gens et soudain on reconnaissait les chuchotements des temples et des mausolées royaux, des stèles funéraires dans les montagnes et les collines avoisinantes.

Dans cet espace silencieux et rêveur, en plus plongée dans une vague atmosphère de roman, la jeune fille passait régulièrement chaque jour sous les deux rangées de camphriers pour aller à son école. Elle se rendait à son école mais semblait parfois se rendre nulle part. Elle savait où se diriger mais à la fois ne savait pas parce que ses pas, en ce temps, semblaient flotter au loin sur les nuages de félicité du domaine des rêves.

La jeune fille avait traversé un pont par-dessus la rivière, traversé des haies de camphriers, traversé des saisons de pluie au soleil implacable pour enfin arriver à son lieu de rendez-vous. Elle avait donné rendez-vous mais n’avait fait aucune promesse sur quoi que ce soit. Parce que dans cet espace de roman, promettre est simplement un chose absurde. Tous les rêves de roman n’auraient aucune réalité et disparaîtraient.

La jeune fille qui traversait les haies de camphriers est maintenant partie habiter au loin et mène une autre existence. Tout n’est plus que souvenirs. Tout souvenir mérite que l’on se le rappelle mais on doit quand même oublier.

Cette jeune fille, c’était Diễm du temps jadis.

        • Trinh Cong Son

Article paru dans la revue Le monde de la Musique, Mars 1997, Réédité dans Trinh Cong Son - Un chantre, Une vie de pérégrinations

Source : TCS-home
Autres chansons de TCS :
Eté blanc (Hạ trắng)
Comme un vol de héron (Nhu canh vac bay)
Formons une grande ronde ( Noi vong tay lon )

 
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