Notre Lycée
Camping 2012 - La Chaleur du Feu et celle du Cœur
Français facile : Connecteurs de phrases
Préparez vos examens de français avec TV5MONDE
Fête francophonie 2003 et 2017 à Can Tho
La marche des élèves de CVL
 
Liens utiles
Avoir et Etre
Anglais facile : Comment féliciter quelqu’un
La journée de la Francophonie
CanTho notre ville
Pour apprendre les sciences et langues
 
Concours " 10 mots à raconter " 2008.

Le 20 Mars est la Journée Internationale de la Francophonie. A cette occasion l’ Ambassade de France au Vietnam a organisé le concourt national "Les 10 mots de la Rencontre". Parmi des participants, Mme Phan Thi Thu Vân de CanTho est l’une des 5 enseignants remarqués par le jury.

LE PETIT MARCHAND FLOTTANT

          • Phan Thi Thu Van (JPG)

Il a beaucoup plu aujourd’hui. Le niveau de l’eau a beaucoup monté et les vagues du fleuve Hau semblent menaçantes ce soir. Thanh est resté exprès plus tard que d’habitude, mais cela n’a pas changé grande chose, il se sent inquiet en regardant son panier de durions qui est encore plein. Il lui reste au moins 20 kilos à vendre. Heyy, demain, comment dire au directeur de l’école pour les frais d’inscription de cette année, qui avait pourtant la gentillesse de lui accorder un semestre de retard. Il serre fort un petit bout de papier contre son cœur, c’est de son père, ce sont les derniers mots qu’il lui avait laissés avant de le quitter pour toujours : « Mon fils, la vie est dure, mais l’homme est plus fort, quoi qu’il t’arrive, il ne faut pas laisser tomber tes études. Je t’aime ! ». « Papa, je sais que tu es avec moi, ne t’inquiète pas, je ne vais pas te décevoir ». Comme si le papier vient de lui transmettre une force vitale invisible, son visage rayonne d’une joie si paisible et si profonde.C’est comme ça depuis trois ans, ce petit bout de papier est son meilleur moyen d’apprivoiser sa douleur, de conjurer dans le désespoir.

Ploufff... le bruit a coupé brutalement ses pensées. Il retourne la tête, pas loin de sa barque c’est le bateau-bus qui traverse le fleuve Hau, la faible lumière du bateau ne lui permet que de voir un bout de quelque chose qui, avec les vagues, s’éloigne rapidement de sa vue. « Mais c’est un homme ! » Il n’a pas de temps à réfléchir plus que ça, il se jette dans l’eau et nage vers la silhouette

L’homme ouvre les yeux lentement, il sent une bonne chaleur à côté et une douce odeur inconnue . Il est sur un petit lit en bambou, en levant un peu les yeux, il voit un plafond tout bas en tôle sur lequel pas mal de petits trous bouchés par des sacs de nylon. « Mais pour quoi tu m’as sauvé, petit, c’est pas vrai ! ». « Ahh, vous êtes français donc ! ». Thanh lui répond en tournant une patate douce dans les cendres. Un peu surpris d’avoir entendu le français dans un endroit pareil,il baisse le ton : « Oui je suis français, un français qui veut se suicider et qui ne peut même pas ! » « Se suicider ? Ça veut dire quoi ? » . Ce mot lui paraît étrange. Il vient à côté de l’homme et lui donne une moitié de patate. « Ça veut dire que je ne veux plus voir le soleil demain, ça veut dire que je n’en peux plus de cette vie de merde, ça veut dire que je vais tout laisser tomber, mon entreprise, mes dettes, mes ouvriers, mes ambitions,... ma femme, ma fille . Voilà, je n’en peux plus !!! » L’homme se met à pleurer, il se cache le visage dans ses mains, il ne reste plus devant Thanh qu’un petit enfant blessé. « Je ne comprends pas tout ce que vous dîtes, mais je trouve que vous n’êtes pas très courageux, c’est trop facile de se jeter dans les vagues, beaucoup plus facile que de conduire un bateau, pas vrai ? ». « Qu’est ce que t’en sais de la vie, toi ? Toi qui ne dois pas se battre tous les jours pour garder tes biens, toi qui a les parents à côté pour te couvrir, toi qui n’as pas une grosse responsabilité, quand tout le monde attend de toi plus de ce que tu peux faire... ». Il s’arrête d’un coup en voyant la petite photo d’un homme âgé d’une quarantaine d’années, derrière un pot de bâton-d’encens. « C’est...ton père ? » « Oui ! Il est mort depuis trois ans, dans une inondation, notre maison a été enlevée aussi. »- lui répond Thanh. « Vous devoir être fatigué, vous pouvoir vous couchez ici ce soir, il est tard et l’eau est descendue, je vous emmènerai voir ma maîtresse demain, elle va pouvoir vous aider ». Malgré son accent , Jean a quand même compris ce que Thanh a dit. Il se recouche. Demain, c’est un autre jour.

« Le soleil se lève très tôt ici, et les gens encore plus. » Thanh dit à Jean, les bras n’arrêtent pas à ramer, la petite barque sous sa conduite comme un serpent dans les petites rives couvertes de palmiers, bananiers abondants, les plus beaux que Jean a vus jusqu’ici, des ananas, et ces grands arums à rhizomes comestibles, comme ce que le petit lui a donné hier. Au-dessus de leur tête apparaît parfois des petites passerelles en bambou, qui ne permettent que le passage d’une personne à la fois. « Ta maîtresse c’est celle qui t’a appris le français ? » « Oui, en fait, seulement au primaire, quand mes parents morts, je ne pouvoir plus suivre cours dans les classes bilingues , tous les après-midis je vendre au marché flottant pour payer de quoi manger. Mais elle encourager moi toujours de continuer parce que la langue est une clé qui ouvre les portes de connaissances et d’amitié. Quand je perdre parents, elle m’a dit que si je m’abandonne dans le malheur, je ne ferais que perdre ma vie, si je continue à me battre, j’aurai dix mille autres chances de réussir ». « Tu as l’air très attaché à elle ». « Bah bien sur, c’est ma boussole » Thanh sourit, son chapeau conique cache la moitié du visage, mais son sourire sous la lumière jaune de l’aube lui donne un air d’ange. « Là on va traverser le marché pour aller chez elle, c’est pas très loin »- dit Thanh.

Ils sont déjà sortis de la petite rive, la vue sur le grand fleuve est bien ouverte devant eux. Il y a quelques années, Jean n’aurait jamais imaginé se trouver un jour ici, cherchant désespérément la mort, des années glorieuses, de fortune, de réussite..lui semblent tellement loin maintenant. Il voit de plus en plus de monde sur l’eau, en effet, les gens ici doivent se lever très tôt pour préparer le marché, les barques sont toutes chargées , chargées de couleurs, de bonne humeur du matin, les gens se saluent entre eux, comme si tout le monde se connaissait ici. Aujourd’hui Jean se permet d’être quelqu’un d’autre, d’oublier tout ce qu’il était en train de vivre. Il rêve tant d’être comme eux, avoir une vie simple mais remplie de bonheur, une vie sans concurrence et ennemi. Il ferme les yeux, c’est la première fois depuis longtemps, dans un accès jubilatoire extraordinaire. « Vous avez faim ? » - lui demande Thanh. « Non, ça va aller, merci, mais c’est quoi le truc pendu en haut là bas ? Mais c’est trop dangereux, si jamais ça tombe sur la tête ». Jean demande en montrant au bout de la barque, un long tronc de bambou et tout en haut du tronc c’est une espèce de légume vert avec plein d’épines. « Ah c’est mon panneau de publicité »- Thanh lui répond en faisant un clin d’œil. « Mais ça se mange ce truc ? » Jean se dit dans la tête. « Vous voulez goûter ? C’est un fruit connu chez nous. ». « Ahhhh, quelle odeur horrible »- Jean se dit en arrêtant d’aspirer, quand le garçon lui donne un morceau de l’intérieur du truc s’appelant durion. Thanh se met à rire en voyant sa tête : « Goûtez, c’est très bon ». En effet, la chair de ce fruit est très tendre, le goût en plus est extrême doux. Encore une fois, cette terre inconnue l’a surpris. Thanh se remet à ramer, ils continuent à s’approcher du marché. Il y a vraiment toute sorte de commerces sur les barques, les restaurants, les cafés, les boucheries, les boulangeries, les fleuristes, ...même les tabac-presse. C’est extraordinaire ! Dans une barque-restaurant, les gens s’attablent en déséquilibre sur les petits tabourets, mais cela n’a pas l’air les déranger de manger leur soupe. À côté c’est une barque-café, avec un journal dans la main, une palabre entre potes, qui peut trouver mieux ? Qui a dit que « La vie n’est pas un long fleuve tranquille ? ». Si, quand on sait comment s’y prendre, quand on l’aime, quand on l’apprécie, elle deviendrait une maman généreuse pour son enfant. Comme ici, les gens s’attachent avec ce fleuve, ils l’aiment, ils y vivent même si des fois il peut devenir très cruelle contre eux, comme il avait rendu Thanh un enfant sans famille.

Aujourd’hui, il n’est pas comme Christophe Colomb qui a découvert l’Amérique, il a découvert seulement un petit coin de la terre avec un petit vendeur de durion sur le fleuve. Mais c’est ici qu’il a appris à apprécier la vie, que la vie lui réserve encore dix milles autres chances si il continue à se battre. « Petit vendeur de durion, tu sais quoi ? Tu es comme tes durions, on peut se tromper en te jugeant sans te connaitre, par apparence, tu n’es qu’un orphelin dans un coin perdu, mais à l’intérieur de toi c’est un vrai soldat qui a du tact de se battre dans le combat de la vie. »

Même concours : LA CARTE DE NOEL

 
Copyrights 2006 - Dernière mise à jour Septembre 2007
~ ~